Benoît NOËL, auteur du livre Edgar Chahine paru aux éditions BVR en 2008 :
-« Personnellement, j’ai été happé par l’univers d’Edgar Chahine et son regard
d’artiste. À première vue, on est séduit par le charme insidieux d’un monde
disparu : les forains du boulevard de Clichy, les dîners des soupeuses Belle
Époque, les traîne-la-guêtre des fortifs de Paris. Bref, des protagonistes à
priori interlopes, mais saisis sur le vif par un regard sans condescendance, ni
mépris et dénué d’ironie ou de cynisme, une curiosité de nos jours. Puis, une
sincère sympathie, une empathie d’exception avec ses modèles toujours magnifiés
m’a frappé. Notamment, la capacité d’Edgar Chahine à restituer la part féminine
des hommes comme la sensibilité à fleur de peau du mime Georges Wague, le
rapport d’Anatole France aux bibelots de son bureau ou la coquetterie
vestimentaire de Gustave Flaubert. Parallèlement, j’ai relevé la progressive
substitution de femmes épanouies, souriantes et rieuses, c’est-à-dire délivrées
du fléau du pêché originel aux séductrices professionnelles du début de l’œuvre.
En définitive, il me semble que l’énergie plastique mise dans son œuvre et le
dynamisme pictural déployé nourrissent la force lui ayant permis de surmonter
les épreuves de sa vie. C’est pourquoi, en dépit des affres du génocide
arménien, de deuils multiples et précoces d’intimes, de l’incendie ou de
l’inondation de ses ateliers, sa joie de vivre l’emporte toujours sur le fatum,
une joie de vivre, plus que jamais salutaire pour notre époque ».
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