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Ce
livre se propose de célébrer en beauté, le premier siècle du cinéma,
vu sous un de ses aspects les plus attrayants : la couleur, seconde révolution
du 7ème Art après le parlant. En effet, dépourvu de palette chromatique
à sa naissance, le cinéma n'a eu de cesse de remédier à cette carence,
à travers l'enluminure au pinceau, au pochoir rapidement mécanisé, au
virage, teintage ou mordançage et à la poursuite des procédés
techniques les plus divers, additifs ou soustractifs, bichromes et
trichromes (Agfacolor, Eastmancolor, Sovcolor, Technicolor, Zoechrome...)
Puis lorsque la couleur s'est définitivement imposée, le noir et blanc
est redevenu à la mode auprès des cinéphiles avant que la génération
née avec la télévision ne lui préfère le coloriage numérique.
L'enjeu
de cette étude voué au rêve est de participer modestement à une pédagogie
de l'image sans laquelle notre génération sera incapable d'affronter la
culture cybernétique de demain. Face à l'actualité galopante, qui
distingue aujourd'hui un film cryptochrome (JOUR DE FETE de Jacques Tati
tourné en couleurs en 1947 mais seulement tiré ainsi en 1994) d'un film
colorié grâce à l'informatique (LES ENFANTS DU PARADIS de Marcel Carné
réalisé en 1945 en noir et blanc au grand dam de son auteur) ou d'un
film restauré (LE CARROSSE D'OR de Jean Renoir, film de 1953 menacé de
perdre ses couleurs)? Pourquoi Nicéphore Niepce désirait-il mettre au
point la photo en couleurs et Henri Cartier-Bresson la rejette-t-il?
Pourquoi Saint Bernard et L'Abbé Suger s'affrontaient-ils, eux aussi, sur
la décoration polychrome des églises? Autant de questions qui appellent
un éclairage simple dans un langage accessible à tous pour mettre en
perspective, les nouvelles technologies à notre porte...
Les
objectifs de cette recherche sont de rappeler l'importance de la couleur
à l'écran depuis les origines du cinéma, de retracer les étapes
principales de ses progrès techniques et d'analyser les débats suscités
par la généralisation des procédés soustractifs trichromes à partir
du milieu des années trente. Ce faisant, le but est de réévaluer
l'apport esthétique de la couleur cinématographique, son intérêt quant
à la définition des personnages, son poids vis-à-vis de la narration
des films et ses richesses de symbole, sans volonté de dénigrer le noir
et blanc comme il va de soi.
Toutefois
il convient de reconsidérer ces rôles en France, pays où nul livre de
synthèse n'a jamais fait le point sur la révolution induite par la
couleur lorsque de nombreux autres ont été consacrés à celle du
parlant. Cette étude se propose donc de commencer, modestement, à
combler cette lacune.
En deux
mots, la couleur est, comme le son, fascinante lorsqu'elle ne semble plus
contingente mais posséder une vie autonome : quand les reflets nocturnes
des lumières de la ville transforment un pare-brise en un réjouissant
flipper ou lorsque le sifflement d'un train dans le lointain suggère la
vie qui s'écoule aussi en dehors de l'histoire proprement dite. C'est
pourquoi la couleur cinématographique doit être considérée comme une
forme dotée d'un contenu et régie par une dynamique, le tout dans un
rapport dialectique.
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Couverture copyright ©
1995 by Press'Communication et Gérard Fromanger |