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Une
condition essentielle signe la reconnaissance publique d'un génie
artistique: sa vie et son art sont indissociables. Cela sous-entend deux
choses: que l'homme soit à l'égal de l'artiste et ce dernier, un homme
de cœur. Les frères Coquelin: Constant dit l'Aîné (1841-1909) et
Ernest dit Cadet (1848-1909) débordent largement ce contrat. C'est
pourquoi leur gloire fut immense. L'on peut sourire aujourd'hui de leur
jeu "hénaurme". On ne peut en rire. Que savons-nous au juste du
théâtre de la seconde moitié du XIXème siècle? Le mythe de Sarah
Bernhardt (1844-1923) semble avoir tout balayé sur son passage. Se
souvient-on que Coquelin aîné fut adulé à son égal, dans le monde
entier et qu'Henry James, le qualifia de "Balzac des acteurs"?
À
l'heure, où nous rêvons aux cérémonies qui célèbreront notre passage
dans un nouveau millénaire(*), il est bon de noter qu'en décembre 1899
et janvier 1900, à l'occasion des fêtes honorant la fin d'un simple siècle,
tout New-York acclama durant deux mois Sarah et "Coq" dans
l'Aiglon et dans Cyrano de Bergerac du même Edmond Rostand (1868-1918).
C'était la première fois que Constant acceptait tenir le rôle mineur de
Flambeau dans l'Aiglon, le vieux grognard de l'Empereur qu'il avait refusé
de créer à Paris, au grand profit de Lucien Guitry et pour le remercier,
Sarah jouait Roxane dans Cyrano, le temps de la tournée.
La
même Sarah avait d'ailleurs dès le 9 octobre 1896, adressé une dédicace
enflammée à Constant fort éloignée d'un billet de circonstance ou à
charge de retour: -"À toi, mon cher Coquelin que j'aime depuis
trente ans, avec tes colères, tes rages mais toujours une tendresse égale.
A toi, mon cher grand artiste que j'ai admiré de suite au Conservatoire
alors que je bégayais l'art dans lequel tu me semblais déjà supérieur
quoique élève comme moi. A toi, de tout mon cœur!" Pour le nouvel
an 1900, les étudiants détellèrent donc les voitures de Sarah et de Coq
et les portèrent à bras le long de la Cinquième Avenue…
(*)
Texte écrit en 1998.
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